24.07.2008

Une autre version (3/3) - Virtuellement lui

Comme souvent, je me connecte sur le site de rencontre, j'ai envie de combler mon ennui solitaire. Je m'inscris, trouve un pseudo. Pas envie de tomber sur des handicapés de la vie. Pas de références à un plan cul. Pas de plans « cam ». Pas de plans « dial hot ». j'ai envie de rencontrer quelqu'un de normal. Ca y est je suis dans la place. 543,38 connectés. Les annonces défilent, cherchant à sortir du lot, utilisant tous les moyens pour se faire remarquer. Des couleurs, des majuscules, des fonds... des propositions. Je suis dans le supermarché. Lieu de consommation et d'opulence ! J'hésite, je m'interroge. Un message, déjà "ASV ?"

Déjà cette agression virtuelle. Un "bonjour" ou un "salut" serait de trop ? La barbe, j'ai pas besoin de ça. D'accord, je suis conscient que l'on ne rencontre pas quelqu'un ici comme dans la vie, mais tout de même, un minimum de bienséance est souhaité. Que vais-je répondre ? Si je souligne le fait que j'attends un "bonjour", on s'offusquera de l'agression. Si je ne répond pas, on me prendra pour un "mytho". Si je rentrais dans ce jeu, je ne me respecterais plus. Quelle jungle inhumaine ! Je suis pris au piège, je me sens obligé de répondre, mais quoi. Je tente le "boujour ? ? ?" Il enchaîne "Moi ? ? ?" Quel esprit de sa part. Je n'ai pas le temps de réaliser qu'il enchaîne par "Tu ch koi" Et en plus, il ne fait pas l'effort d'écrire. Je m'ennui déjà. Je regrette de ne pas avoir préféré regarder "Chasse & Pêche" sur TFOne. Qu'on en finisse, vite. "Je cherche a discuter avec des personnes intéressantes". La réponse ne se fait pas attendre "OK" Merci, il a compris. Je suis libre.

Enfin, je peux émettre mon annonce "Je cherche à discuter et pourquoi, si feeling, prendre un café". Au moins pour les plans culs, je devrais passer au travers. J'attends, je fume une clope. Tient, message ! "Bonsoir, m'sieur !" Ca commence bien. Son pseudo fait référence à un personnage littéraire. Je lui en fait part, voulant savoir pourquoi ? Il s'engage alors dans une description pseudo-psychanalytique, se présente maladroitement. Je souris. Il me demande "si cela n'est pas indiscret" ce que je fais dans la vie. Il avance ces pions ! Il ne sait toujours pas mon âge, d'ou je viens, ce que je cherche, mais veut savoir ce que je fais. Allons-y ça change au moins de ces sempiternelles discussions sans fond et sans début. Je lui explique mes cent projets en cours. Mon désir de changer de ville, de boulot, partir, de profiter de la vie. Il ne me coupe pas de "lol" "ok" ou smileys en tout genre. Il écoute.
Enfin je le crois, je ne le vois pas. Il a l'air toujours connecté alors, je poursuis. Mais je veux savoir qui il est. Son pseudo, cette façon de faire, il y a quelque chose. Il m'intrigue. Qui est-il ? Nous avons quasiment le même âge, bien que je sois plus jeune. Il ne réagit pas comme ces autres. Il diffère étrangement. Je lui demande si ça lui dirait de prendre un café prochainement. Pas de réponse.

Est-il parti ? Discute-t-il avec quelqu'un d'autre ? que fait-il ? Je ne supporte pas ces échanges virtuels, on ne sait pas. On est perdu. Les écrits s'interprètent. Le temps s'écoule différemment. Je lui demande s'il est là. "Oui, oui, t'inquiètes pas, j'étais parti fumer une clope". "inquiété" On va pas pousser non plus, je ne suis que devant mon ordinateur et cela ne fait qu'une heure et demi qu'on discute. Mais vas-y toi pour enchaîner après ce genre de phrase. Je réfléchis. Un message apparaît "J'aurais du te prévenir, je suis désolé". Houlà ! "indiscret", "Inquiété", "désolé"... Ce champ lexical devrait m'interpeller. Mais j'ai envie de savoir. La discussion est repartie. Il joue désormais, il cherche à me charmer. Malgré la maladresse de son discours, il me fait sourire, je lui permets des "lol" ou des "mdr". Il m'amuse.

2h00 du mat'. Déjà ! J'ai sommeil. J'ai envie de dormir, mais il me tient en haleine. Voilà quelques minutes qu'il me souhaite bonne nuit, mais qu'immédiatement il enchaîne une nouvelle discussion. Je ne sais pourquoi je poursuis. Je tombe de fatigue, demain je bosse. Je réessaye "Ca te dit qu'on se prenne un café ?"

J'attends. Un frisson me parcourt le corps. J'ai sommeil. Que va-t-il dire ? Fuira-t-il ? "Ok, demain ?" Ah oui comme ça il enchaîne ? Fuyant et là direct, il apparaît disponible... Demain ? Qu'est-ce que je dois faire. Il est 2h30, j'en sais rien moi à cette heure-ci. Je suis dans un autre univers. Il me plait. "D'accord, place vers 14h00 ?" "Pas de problème, j'y serais à l'avance à tous les coups, lol"

Pourquoi dit-il cela ? Serais-ce un de ces malades qui parcourt les chats ? Non, il y a autre chose, je le sens. "Comment ferais-je pour te reconnaître ?" me lance-t-il. Je me décris, je ne dis pas comment je vais m'habiller à cette heure, je dors normalement ! "Et toi ?" "Tu ne pourras pas te tromper, mais je t'aurais repéré avant !"

Mais qui est-il, ce discours, ces reculs et ces assauts, ces maladresses. Il me plait, je ne sais pas pourquoi. Je lui donne mon numéro de portable. Il me donne le sien. J'éteints, je vais me coucher. J'ai sommeil. Je crois que je vais bien dormir. Un flash illumine ma chambre ! Un message ? "Merci pour cette charmante soirée, à demain !" Il n'a pas perdu de temps. Je ne réponds pas, je suis trop crevé. Je dors.

17.07.2008

Une autre version (2/3) - 2ème chance

Il m'a proposé de le revoir. Changement de place, de lieu. Je ne veux pas revivre cette arrivée. Cette fois-ci, non plus une place sur la ligne 1, allons dans la foule, déplaçons nous à l'ouest. Je ne veux pas être seul. Je dois garantir mon maintien dans ce monde-ci.

Il n'a pas changé. Toujours là, telle une statue. Un trou noir dans cette galaxie. Une absence imperceptible. Désormais je doute. Devais-je venir ? Je l'observe. On dirait un enfant perdu au milieu de la foule. Il attend l'adulte, la personne qui va le libérer de cette étreinte humaine, de cette masse sans forme de la rue. Il suffoque. Il fume. Il ne veut pas qu'on le voit. Mais il voit. Tout. Rien ne lui échappe. Présent, mais intensément absent. Ou bien l'inverse. Il m'attend.

Aujourd'hui, je suis à l'heure, peur de le faire attendre, de l'angoisser. Je me suis pris à son jeu. Je commence à me demander si je m'y perds. Deuxième rendez-vous et déjà, il influe l'interaction. Pourtant, si j'ai pu m'éprendre de cette passion et de cette faiblesse intérieure, la douche de la fin de journée m'avait remis à ma place. Pourtant, quand il est revenu à la charge, j'ai accepté un second rendez-vous. Je ne le comprends pas. Je veux savoir. J'avance, je ne vois plus les gens, je me dirige vers lui. Plus j'avance, plus je me perds. Plus je lui ressemble. Je rejoins son monde, je quitte le notre. Je disparais.

Il m'a vu avancé, me sourit complice. Je suis encore à quelques enjambées, mais ses yeux irradient l'espace. Je suis celui pour qui ces yeux scintillent. Je suis flatté d'une telle démonstration, réservée. Je devient l'artiste, seul sur scène, que les autres peuvent voir, mais seule la lumière m'attire, seule capable de me réchauffer, de me rendre visible. Suis-je ici pour ça ou pour lui. Je me perds. Il est là, me salue. Il semble plus détendu, moi je le suis moins. Il est heureux, je me méfie. Il a changé ou alors est-ce moi ? Rien n'est plus comme avant.

On s'installe, il me pose quelques questions. Il veut savoir qui je suis, ce que je fais. Il m'a connu, il veux désormais savoir. Plus ! Il rebondit, réagit, se passionne de mes réponses. Que s'est-il passé ? Il parle moins, me regarde, il joue. La passion n'a pas disparu, elle est toujours aussi intense, mais présente, extériorisée. Il n'y a plus de distance, j'appartiens désormais à son monde. Je crois même que son spectre s'inscrit dans le présent. Il n'a plus peur. Il fume moins. Je pense même que les autres le voient.
Moi par contre... J'ai changé. Je ne sais pas quoi dire, je réponds, j'aimerais pouvoir parler. Être passionné comme lui, je suis fade. Je me sens absent.

Le voilà reparti. Il reparle, se repassionne. Ses yeux brillent, pour moi, pour lui. Il est rayonnant. Autour tout est suspendu, mais présent, il rigole. Plus de sourire, il vit. Il est heureux d'être là, je suis mal à l'aise. Il domine la rencontre. A ce stade, je me rends compte que je suis perdu. Que dois-je faire ? Il s'est à peine passé une semaine et rien n'est plus comme avant. Le temps change. Il séduit. Déjà la première fois, mais c'était maladroit. Là, il est puissant. Il a gagné en assurance, je ne sais quoi faire. S'est-il rendu compte du changement. En a t-il conscience ? Je me remémore la fois dernière, je relis la scène au ralenti au prisme de l'enfant perdu. Il m'a trouvé. Je le redécouvre. Tout a changé. Il est beau.

Il s'emporte, provoque. Il s'amuse. De moi ? Non, enfin je doute.
Il le sent, son regard devient inquisiteur. Ses narines frémissent, humant l'air, l'odeur de mal être que je dégage. Il le sait. Il cherche à comprendre ce qu'il ne va pas. Dans son oeil, l'enfant s'interroge. Le doute le prend. Parle, dis moi que tu ne comprends pas. Rien, il observe tel un animal. Le malaise le prend, il fume. Il parle, moins, mais il parle. Il lutte pour que l'enfant ne sorte pas. Il pose des questions. Il se lève. Revient. S'assied. Me regarde. En quelques minutes, l'enfant a pris possession de lui. Je le vois. Il doute. Il joue avec ses mains, le sucre en sachet. Ses yeux s'assombrissent. Je reprends assurance, mais suis mal à l'aise. Que se passe-t-il ?

Il fuit mon regard, il s'éloigne. Le monde redevient naturel, vivant. Le sien s'assombrit à nouveau. J'arrive à voir le noir et le violet dominant iradier de son corps. Les silences sont pesants. Il scrute à nouveau le monde, celui dont il a peur. Il devient fragile. "Revient !" J'ai envie qu'il revienne, là, maintenant. Mais il continue à s'éloigner. Comment le rattrapé, il sourit. Mais déjà, il s'absente. Je parle, il écoute, enfin je crois. Ses yeux ne sont plus là, un voile les a recouverts. Une distance, quelque chose de froid. J'appartiens à nouveau au monde des vivants. Pourquoi tant de distance. Est-ce mes doutes qui l'on fait fuire ? A y réfléchir, c'est lui. Lui le responsable. Lui qui a changé. Je doute.

Il prétexte une vague surprise, regarde son portable. Il consulte l'heure. Ce n'est plus une interaction. Il s'impatiente. Je n'ai plus d'attrait. Je n'ai plus d'atouts. Je l'ai perdu. Il me fuit. Il veut fuir, mais reste. Il parle. Il occupe l'espace et le temps. Il tente de combler les silences. Il fume. Je l'ai perdu. Il me perd.

On se quitte. On se sépare. Pas de message. Enfin, je vais souffler. Je dois comprendre, me reposer.

14.07.2008

De la déception

Il est très facile de trouver quelqu'un lorsque l'on a une envie de sexe, même si l'on vit en couple. Il y a toujours un ou deux homos prêts à se sacrifier pour un hétéro/bi marié (sont-ils tout aussi attiré par l'interdit que les premiers ?) ou des bis dans une situation équivalente à la recherche d'un miroir qui peut comprendre la situation et donc être "discret".

Trois lieux s'offrent alors, chez soi, pour les casaniers, chez lui, pour les épris de confort, et dehors/ailleurs, pour les aventuriers. J'avoue n'avoir testé que deux d'entre eux...

Je constate que cela fonctionne toujours de la même manière chez moi. Une excitation de me lancer, à corps perdu, dans une aventurette sexuelle. La joie de trouver un corps à effleurer, afin de mener à une certaine jouissance de l'Autre. Déjà, dés le départ, le jeu est biaisé. J'ai une préférence au jeu de la séduction, mais se retrouver face à l'autre amène à un auto-questionnement. Toutefois, la plupart du temps, le jeu du corps à corps est un moment de plaisir partagé, même si j'ai tendance à vouloir en faire plus pour l'autre. "Le plan, comme dirait l'autre, se déroule sans accros". Petite douche purificatrice. Et c'est là que tout part en c***

Je n'y arrive pas. Je visualise le désir, je pratique, cela se passe bien et ... bang ! Tout fout le camp. Le visage se crispe et la pensée judéo-chrétienne prend le dessus. C'est mal ! Pourtant c'était bien ces quelques instants de sexe... Mais non, mon corps et mon inconscient me font payer ce nième dérapage. Le plaisir disparaît aussi vite. Je me retrouve seul avec moi-même. J'aimerai appeler, en parler. Rien. Seul avec ses pensées. La déception de l'après à gérer. Je n'arrive pas à comprendre ceux qui, régulièrement, se plaisent à ce jeu de la tromperie pour du sexe. Moi, je n'y arrive décidément pas. Mon éducation prend le dessus. Je paye cher cet écart. Pourtant, durant les deux ans et demi d'abstinence, il me manquait quelque chose, cette petite excitation avec l'Autre, le besoin de plaire en tête à tête. Le prix a été cher. Et j'ai replongé, comme d'autres se remettent à fumer. Pour un plaisr ? Court. Vraiment de courte durée. L'acte terminé, le quotidien reprend son rythme et l'on se retrouve à nouveau seul.

Décidément, ce n'est pas fait pour moi et pourtant je recommence... Tout ça pour ça, quand même, il y a un côté martyr en moi auquel il faudrait remédier.

11.07.2008

Des lieux de rencontres sur le net...

... Rien de plus simple de nos jours avec le net qui offre un large panel de possibilités de rencontrer l'Autre !

Enfin, la simplicité ici n'est qu'une apparence trompeuse dans la mesure où les lieux de dragues se limitent au même concept : les tchats, simples ou en cam, avec ou sans photos et profils.

Et là le drame ! Il faut, comme dans la vraie vie, être doté de capacités exceptionnelles pour différencier le bon, des brutes et des truands. Dés l'arrivée, le ton est souvent donné, avec plus ou moins de nuances, SEXE & SEXE !

Plusieurs fréquentations au cours de ces années :
* Res publica
* Cara
* Têtu v.1.0
* RG
* Voilà
* GV


Rapidement sur RG : un profil, des photos, la possibilité de laisser un message avec une chance sur trois de recevoir une réponse. Le plus intéressant à la rigueur c'est la multitude des profils tous aussi passionnant les uns que les autres, relevant ci ou là quelques fautes, où le verbe voir se confond avec son paronyme adverbial, voire. Toutes ces photos font penser à un grand supermarché avec la distinction qu'ici on regarde, mais on ne peut pas acheter, quoique... Ici tout brille, mais comme dit la sagesse populaire, "tout ce qui brille n'est pas d'or" ! Des princesses, en veux-tu, en voilà. Des "Pas de pics, pas de dials" et le commun des mortels n'en met pas, par peur d'être relégué à la Cour des Miracles ou alors, subtil, laisse une petite diatribe des plus passionnantes, souvent sans fautes, voire (ici l'adverbe) un avatar invitant à un univers nouveau. Sans parler de la ségrégation par l'âge, là encore la sagesse populaire n'a pas lieu d'être. En même, temps, certains sont là plus pour eux que pour l'Autre, n'est-il pas ? pour ce qui est des dials, lorsqu'ils s'engagent, que de banalités et que de longueurs.
Inscrit par trois fois, durée dans la place un mois, puis jamais plus d’une semaine. Pourtant, on y revient pour se dire que tout de même c’est pas fait pour nous !
Le bilan est plutôt léger, globalement, surtout une très très belle rencontre avec, bien entendu, non pas une fin heureuse, qui m’aura valu deux ans d’Enfer, sans parler de la fonte de mon compte en banque et de quelques autres désagréments. Nors si tu passes par là tu es tout de même toujours le bienvenu… (J’aime bien les bouteilles à la mer !)

Les tchats classiques. Mon premier Res Publica – en 2000 - fut mon apprentissage de cette double vie particulière, la découverte de cette partie de moi que je ne connaissais même pas, enfin pas à ce niveau-là. Un bon souvenir, surtout lors de l'obtention de la fonction d'admin. J'ai pu découvrir les joies des luttes de pouvoir, de tentatives de corruptions et le nécessaire rappel à la loi pour certains. Mes premiers ébats, mes premiers émois virtuels. L’apprentissage d’un monde aux règles très particulières et où l’on se dit que la vie en vraie c’est pas si mal que ça ! D’où la migration ensuite.

Pour Cara, je laisse ce lien vers un florilège d’échanges oh combien réaliste !

Têtu v1.0. Quel bonheur ! Peu de monde ! Des homos, des bis, des lesbiennes ! Presque une famille. Une vie au delà du virtuel. Des amis. Des amants. Des soirées & des apéros. Un faux Noël. Des fêtes de la dinde. Le BHV...
Quel bonheur c’était de se retrouver là, dans ce petit monde, légèrement enfantin. Ah les avatars : les Cat's Eye, des vis et bien sûr leur pendant, les écrous, des canards, des torses B&W, de nounours charmants.
Toutes personnes arrivant accueillies, intégrées, enfin tout chasseur invertébré avait droit à son petit bizutage. Pas de sexe sur le général, sans validation de la Sainte-Trinité. Des codes que la sanction diffuse faisait respecter. Que de souvenir de ces délires et de ce rendez-vous manqué au rayon outillage du BHV. Un lieu de vie comme je n’en ai jamais retrouvé. Signe de qualité, pour une partie d’entre eux, ils sont encore là. Lors d’une soirée, d’un pique-nique, d’un –thday.
Malheureusement, aujourd’hui, celui-ci a muté en RG bis. Dommage.

Puis, j'ai décidé de faire un choix, de me ranger de cette vie sans vie, limitée à des "tu ch koi !" ; des "ta bite mesure combien ?" ou encore "T'as une cam". Quel courrage ! "Dis monsieur, on peut vire sans le tchat ?" demande le petit blon, à l'écharpe rouge. P'tit con va ! Deux ans et demi sans. Deux ans et demi. Comme la clope, il n'y a pas de fumeurs qui ont arrêté, il n'y a que d'anciens fumeurs, si je me souviens bien de la formule de ce docteur, sur France 5. J'ai rechuté. Deux ans et demi sans flirt, réapprenant à écrire le français, la convivialité, l'échange réel et le bonheur de retrouver une vie perdue. Deux ans et demi de perdu. De frustration. De vie rangée sans saveur. La tuile.

Janvier 2008, l'Enfer m'expulse et je me retrouve sur Voilà beach. Vivant même la mutation nouvelle pour découvrir, enfin, une interface sans couleurs, quoiqu'il paraît qu'elle va évoluer bientôt... A voir. Et me voici pris aussi de l'envie d'écrire, de décrire cette vie d'érance, toujours attaché à ce même port qui me manque dés que je m'en éloigne, dans lequel s'y blottir est une nécéssité et pourtant je reparts parfois...

10.07.2008

Une autre version (1/3) - un café

J'arrive au point de rendez-vous, il me semble que c'est lui. Maladroit, il tourne, scrute mon arrivée... Son regard perce, maladroit d’être là, en avance. Il angoisse, "va-t-il venir ?". Son regard est noir, les gens passent, le contourne.

Je m'en fous, ça pourra être sympa, un café n'est pas la mort. Je m'approche. Il le sait, il m'a vu arriver, mais ne voulait pas me fixer tout le long du trajet qui me rapprochait de lui. Courtoisie flippante... Ces yeux ont changé. En fait, je ne sais pas, je doute. Ces yeux noirs persistent pour les autres, les passants, les inconnus. Pour moi, ils ne le sont plus, ils me fixent, ils rayonnent. Ils sont chargés d'une passion naissante. C'est étrange et déconcertant d'apparaître aussi éloigné du monde environnant et d'être le soleil de cet astre isolé.

Urbanité oblige, il est gêné. "Où ?" Il ne sait pas, il est gêné. Je décide, il est gêné. On avance. Deuxième cigarette de sa part ! Angoissé ? Mal à l'aise, il baisse le yeux en marchant, j'essaye pourtant de croiser son regard. Son visage est tendu, mais je me rends compte que ce n'est pas à cause de moi, il évite le monde.

On rentre, on s'assied. Il regarde autour, son regard est toujours là. Il scrute tel un fauve tapi dans la jungle. Inaccessible citadelle pour un mortel. Et pourtant, je suis face à lui. Ca y est, il décide de me regarder. Quelle intensité. Je crois que je lui plais, il me fixe avec une telle intensité. Vais-je jouer avec lui ? Il sourit. Désarmant.

Quand je l'ai vu sur cette place. Rien. Un mec normal, que je n'aurais peut être pas vu en passant. Son regard, son attitude de guetteur de la vie. Alors que là, se dégage un tel rayonnement, une telle passion... Son angoisse n'est plus, tout au plus un stress perceptible de devoir se mesurer à l'inconnu.

Civilités d'usage. Je lui pose quelques questions. Il répond, il parle. Digresse. Il m'enivre. Cigarette. Il poursuit. Encore. Je l'écoute. Ces yeux brillent. Son corps raconte. Il vit. Rien à voir avec cette statue immobile sur la place. Le monde a disparu. J'ai disparu du monde. je suis entré dans le sien. Je n'ai rien vu faire. J'ai disparu. Sa voix me guide, je poursuis, je veux savoir. Pourquoi cette passion et pourtant ce coin sombre dans ces yeux. Il me sourit. Mélange de malaise. Il ne sait pas. Il avance des hypothèses et le voilà reparti. Deuxième café. Nouvelle cigarette. Je ne vois même pas l'heure défilée. Déjà deux heures que j'ai disparu de la surface de la terre, happé par son monde. Le temps s'écoule étrangement. Je suis hors du monde, mais je n'en ressens aucune gène. Ca me plait. il me plait.

Changement. Le débit ralentit. Il bouge. La jambe tremble. Il fume à nouveau. Le regard change. Je m’éloigne de son monde. Il me ramène au mien. Je disparais. Aucune question sur moi. Il n'a rien voulu savoir, juste me regarder, mes yeux. Ils lui suffisent pour savoir. Il semble m'avoir compris. Je crois. Ce n'était pas un échange humain, je n'ai pu me présenter, ma vie. Il a su ce qu'il voulait savoir. Le croit-il vraiment ? Il semble satisfait et pourtant il s'éloigne.

Pourquoi ? En réalité, il m'éloigne. Son regard se remet à scruter l'environnement. Il est trop tard. Je n'existe déjà plus pour lui. je ne sais pas pourquoi. Maladroit, la gène le prend. Je ne sais pas quoi faire pour qu'il me ramène à lui. Il se fait hésitant.

Il respecte les conventions, il attend, pose une ou deux questions, mais n'écoute pas. Il fume pour s'occuper. Je ne suis plus qu'un cadre virtuel avec qui l'on converse. Il fume. Je suis une interface comme s'il était devant un ordinateur, dialoguant mais faisant tout autre chose. Je n'ai plus qu'en face un trou noir. Je veux y retourner comprendre ce qui s'est passé. Il allume une cigarette, paye, me salue et me quitte. Je reste là, seul. Suis-je sauvé ?

Il est étrange, déroutant. Dans la rue, la vie le monde. Lui a disparu. Un spectre ? Je reçois un message : "G passé un bel après-midi. Merci ^_^". Merci de quoi ? De l'avoir écouté ?

C'est un malade... ?